Marina Poydenot - poèmes photos peinturlures


Marina Poydenot - poèmes peinturlures

29/11/09

Métro
       
Félicité
cachée

feu
d’une forme à l’autre

en sombre bleu mouillé de blé
(mes bergers)

en rouge pur mystérieux
(mes mages)

sois mon allumette
frottée

dans le métro d’émaux

par le doux noir
des rats

sois la paille aux pieds de Suzanne

avec sa bouteille
et ses sacs de riens

Mon étoile sale
de nuit
      
je te suis

27/11/09

Etoiles se brisent
blé
dans la houle du noir

je tiens ce petit pain
d’enfant
en larmes

26/11/09

Le pommier sous la neige
tout nuage tout dénué
jamais ne secoue son joug

La page blanche
de janvier

Une vieille main d'enfant
trace une branche
et s'arrête en tremblant
sous la neige des fleurs

25/11/09

Voix d'enfants à la prison (Reine des Anges, Rome)

Je suis sous ta petite fenêtre et je crie
Papa
Ce dimanche de novembre est jaune
comme mes jouets je les ai tous
fait évader

Peut-être que tu es sorti
déjà et tu m’attends chez nous
Tant mieux car j’ai mis le couvert
des poupées sur la nappe en feu
il n’y a plus de murs c’est l’été

22/11/09

Pour un instant les yeux se ferment
et de la terre les paupières
bleutées de brume avec les ailes
du soir brunes

O dans le silencieux déchirement de la vision
l’affaissement
de la porte et des murs embrasés
dans la tremblante rue noire de l’été

puis le rayonnant parfum du feuillage ancien
qui se tait
le frère marronnier de piquante fraîcheur
ne peut plus rien pour toi

Affaissement de tant de choses aimées
dans le coeur
affaissement du coeur dans quelque chose
aimant

tu entends sa voix de nuit où es-tu
sur les lèvres brisées des brindilles  
dans le rire secret des herbes
humbles

je me suis approchée du corps de nuit
et l’herbe pure les visages m’ont remerciée
eux qui en sont la murmurante image et l’à-peine prononcement
Christ terre noyée de ciel

21/11/09

Jardin de juillet
à Montagnieu
Au loin les mouchoirs colorés
des champs des prés des bois foncés
cousus par un fil de haies

Plus près de l’œil
frênes marronniers et mûriers
déchirent la chaude lumière
tâchant de blancheur l’herbe
et le bassin de pierre
où s’écoule
une source

Dans ce tout petit carré d’eau
plus éloquent que l’horizon
tremblent toutes les feuilles
et l’unique morceau du ciel
transparence brûlée
ne brûlant pas

Deux poissons rouges nagent
dans la voûte du vert

19/11/09

Carreau de neige-nuit
et table illuminée

Par un soudain de feu les couleurs de la nappe
se sont mises à danser
       
par un dedans
brisé

Etoiles sans berger
venez

et l’enfant sans maison
que son rouge anorak

et la petite poule
cendrée de la lune

18/11/09



Cinq flammes
une icône d’ombre

Petite flamme de ma mère jaune
petite flamme de mon père noir
petites flammes de mes deux petites soeurs

O la jaune s’est éteinte
ce n’est rien
      
Toute la pièce est en feu
et aussi le noir de la nuit
O mon coeur

vitre radieuse

16/11/09

Qu’on me donne seulement
une âme humaine

à moi mégot presque
muet
au bord du toit sans hirondelles
sous le ciel violet

une âme seulement
humaine

où doucement
brûlement
et nuagement

la neige est une
avec la braise